
Quand les politiques vaccinales n’atteignent pas le terrain : renforcer la première ligne au Burkina Faso
Il existe une rupture dans les systèmes de santé plus fréquente qu’on ne l’imagine. Les politiques nationales sont mises à jour, de nouveaux vaccins sont introduits, les directives évoluent mais les personnes en première ligne, en contact quotidien avec les communautés, ne sont pas toujours pleinement intégrées à ces évolutions.
C’est exactement ce qui se produisait dans les régions du Centre-Ouest et du Centre-Sud du Burkina Faso.
Quand les bonnes politiques n’atteignent pas le terrain
Après la levée par l’OMS de l’urgence sanitaire mondiale liée à la COVID-19, le Burkina Faso a engagé l’élaboration d’une stratégie nationale visant à intégrer la vaccination contre la COVID-19 dans la vaccination de routine. Une décision structurante.
Dans le même temps, de nouveaux vaccins ont été introduits dans le calendrier national : le vaccin polio injectable (VPI/IPV), le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) et, plus récemment, le vaccin conjugué contre la typhoïde (TCV).
Cependant, sur le terrain, les agents de santé communautaires, ceux qui vont de porte en porte pour identifier les personnes à vacciner et retrouver celles ayant manqué leurs rendez-vous travaillaient encore avec des informations obsolètes.
Le calendrier vaccinal qu’ils maîtrisaient ne correspondait plus aux services effectivement disponibles dans les structures sanitaires.
Les conséquences étaient concrètes :
Une mère demandant des informations sur le vaccin HPV pouvait ne pas recevoir de réponse fiable.
La confiance s’effritait.
Des opportunités de vaccination étaient manquées.
Des enfants restaient non protégés.
Par ailleurs, ces agents ne disposaient d’aucun mécanisme structuré de renforcement continu des compétences au-delà de leur formation initiale basée sur le paquet minimum d’activités. Ils intervenaient avec engagement, mais avec des outils devenus partiellement inadaptés.
Construire une chaîne durable de renforcement des capacités

Dans le cadre du projet Saving Lives and Livelihoods (SLL), financé par la Mastercard Foundation, la réponse apportée s’est concentrée sur un point clé : consolider toute la chaîne des ressources humaines en santé.
Les agents de santé communautaires constituent le lien entre les services de santé formels et les communautés, en particulier en matière de vaccination. Or, un lien ne peut fonctionner que si l’information circule de manière cohérente à tous les niveaux.
Plutôt que d’opter pour des formations ponctuelles, un modèle de formation en cascade a été mis en place.
- Renforcement au niveau régional
Une formation de formateurs de trois jours a été organisée au niveau régional, en collaboration avec la Direction de la vaccination et les équipes cadres de district.
L’objectif : constituer un noyau solide de formateurs maîtrisant les aspects techniques et pédagogiques.
- Déploiement au niveau des districts
Les équipes de district formées ont ensuite conduit des sessions de formation de trois jours à l’intention des agents de santé des structures sanitaires — deux par formation sanitaire dans les 11 districts concernés.
Les contenus ont couvert :
• la surveillance des maladies à potentiel épidémique,
• la gestion complète du Programme Élargi de Vaccination (PEV),
• l’intégration de la vaccination contre la COVID-19.
- Renforcement ciblé des agents communautaires
Enfin, des formations ciblées de deux jours ont été organisées pour les agents de santé communautaires, centrées sur :
• le calendrier vaccinal actualisé,
• les populations cibles,
• la mobilisation communautaire,
• le suivi des enfants et personnes perdus de vue.
L’effet domino
Les résultats sont significatifs.
• 48 formateurs de niveau district (quatre par district) ont été constitués pour assurer la continuité au-delà du cycle initial d’appui.
• 1 660 agents de santé des structures sanitaires ont été formés.
• 2 397 agents de santé communautaires ont vu leurs compétences renforcées.
Au total, 4 057 personnes — 1 778 hommes et 1 350 femmes — disposent désormais de compétences consolidées pour assurer des services de vaccination de qualité.
Mais l’impact dépasse les chiffres.
Un agent de santé communautaire témoigne :

Entre février et septembre 2025, les résultats ont été concrets :
• Près de 47 000 filles vaccinées contre le HPV
• Plus de 400 personnes vaccinées contre la COVID-19
• Plus de 102 000 femmes enceintes ayant reçu la vaccination Td2+ pour la prévention du tétanos néonatal
La mobilisation communautaire s’est intensifiée.
La demande a augmenté.
La couverture vaccinale s’est améliorée dans les deux régions.
Une leçon de durabilité
Le modèle de formation en cascade ne se limite pas au transfert de connaissances. Il construit une capacité institutionnelle durable.
Les 48 formateurs de district restent en poste.
Les agents des structures sanitaires conservent leurs compétences renforcées.
Les agents communautaires maîtrisent désormais le calendrier vaccinal actualisé.
La durabilité ne repose pas sur une dépendance à un appui externe, mais sur le renforcement des capacités locales.
Une autre leçon s’impose : les acteurs de première ligne ne sont pas le dernier maillon du système ils en sont le premier point de contact.
Lorsqu’ils sont informés, confiants et soutenus, l’ensemble du système fonctionne mieux.

Regarder vers l’avenir
L’expérience menée dans ces régions du Burkina Faso démontre qu’investir dans les ressources humaines communautaires renforce bien plus qu’un programme de vaccination.
Cela consolide la base des soins de santé primaires.
Cela renforce la confiance communautaire.
Cela crée un réseau d’ambassadeurs de santé publique.
Dans un contexte où de nouveaux vaccins et directives continueront d’émerger, disposer d’un réseau d’agents de santé communautaires formés, compétents et confiants n’est pas un luxe.
C’est une nécessité.
Success Story

Lors d’une visite, une mère refusait de faire vacciner sa fille contre le virus du papillome humain (HPV), craignant des effets secondaires.
Avec calme et bienveillance, Nikeman lui a expliqué que la vaccination HPV protège les jeunes filles contre le cancer du col de l’utérus, tout en rappelant le calendrier vaccinal et l’importance du suivi parental.
Touchée par ses explications, la mère a finalement accepté que sa fille soit vaccinée le même jour.
Ce geste simple mais décisif illustre la puissance d’une approche humaine et informée : transformer la peur en confiance et contribuer à sauver des vies.
Récemment, Nikeman a participé à la formation du projet Saving Lives and Livelihoods (SLL2) organisée au niveau du district.
Cette formation lui a permis de renforcer ses compétences en communication interpersonnelle et en techniques de sensibilisation, lui donnant davantage d’outils pour accompagner efficacement les familles dans leurs décisions de santé.
Aujourd’hui, Nikeman affirme se sentir plus confiante, plus outillée et encore plus déterminée à poursuivre sa mission au service de la santé communautaire.